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Discours de 1er Lauréat de la Conférence de Maître Adam SALMON

Divers

L’EGO DES AVOCATS EST-IL UN LOUP POUR LES AVOCATS ?

Cette histoire commence à l’époque de ma deuxième année de jeune loup. Louveteau qui n’a su goûter à la hauteur des plus grands, sans avoir manqué la fourberie de leur politesse.

Décidé à associer pour toute conscience amour-propre et intérêt personnel. Parti à l’assaut des grandeurs, d’un pas ferme tenant l’aveuglement pour tout génie.

Je viens à vous ce soir en expert de l’ego, dans sa variété la plus nocive, catégorie suprême, celle qui cumule l’égocentrisme par nature à l’ego blessé.

Ce soir, je hurle au clair de lune à notre introspection collective, sonne l’ouverture du festin de nos comportements honteux.

Chers membres du jury, Chère assemblée,

Amie de la justice et de l’égocentrisme, De quoi accuse-t-on les avocats ?

Peut-être de n’avoir qu’une seule certitude.

Et malheureusement pour nous, qu’elle ne soit pas celle du siècle.

Celle d’être plus intelligent que tout le monde.

De jouir de qualités si différentes, si rares, si extrêmes que nous serions désignés entre tous pour une longue et constante réussite.

De manifester à tout instant un amour de soi débordant des bornes de l’élégance.

Persuadé que la modestie servait à lancer les foules sur une fausse piste pendant que les malins se partagent la proie, si bien que dans la meute des avocats, un peu d’ego serait le début de la réussite.

Et qu’être toujours le meilleur pourrait, un jour, s’avérer fatal, mais que ce qui est fatal est puissant.

En somme d’être, en soutane, les pêcheurs les plus capés et les plus titrés de la vanité sociale.

Or, confrères, consœurs, si flagrant soit ce crime de droit commun, n’avouez jamais.

N’avouez jamais, car vous verriez aussitôt, sur les lèvres retroussées de vos interlocuteurs, votre condamnation.

« Ah, vous êtes le meilleur ? Pourtant vous n’êtes pas lauréat de la conférence, vous ? N’est-ce pas ? »

Expliquez plutôt qu’il faut être fort pour aider les gens dans le malheur. Exposez que celui qui traîne sa vie et succombe sous son propre poids ne peut en soutenir aucun autre.

Ayez le sacrifice voyant et le dévouement fracassant.

Dites, en passant un palier d’intensité : « C’est là notre sacerdoce : être les compagnons des chutes et de la solitude, chargé du fardeau sacré de la verticalité des hommes. »

Hélas, si cette vertu que l’ego enivre les avocats pour les enhardir est bien la pire que l’on sache lui trouver, c’est qu’elle est l’unique que l’on puisse lui accorder.

Si bien que, pour ne pas être débusqué, Mesdames, Messieurs, il faudra savoir quitter la peau du loup pour endosser celle du renard.

Aussi, si, comme le disait Camus, un exemple n’est pas toujours un exemple à suivre, laissez-moi néanmoins vous conter le mien.

Il commence hier : déterminé à marquer les esprits, je m’apprêtais, dans le plus curieux des théâtres, à jouer le 1er rôle de l’une des plus profondes comédies humaines.

14 h. L’audience de comparution immédiate débute au palais Monthyon sous la présidence d’un magistrat, personnage stellaire situé à la droite de Dieu, magistrat qui, les yeux plissés, donnait à croire qu’il se concentrait tandis qu’en fait il commençait déjà à s’assouplir.

Je  devais  y  plaider  le  dossier  d’un  prévenu  du  chef  de  vol. Il avait été appréhendé par erreur à la place de son frère jumeau, n’avait rien dit aux enquêteurs et requérait mon verbiage pour en persuader le tribunal.

Tenant pour vrai que les juges étaient par nature d’accord avec moi, qu’il suffisait simplement de le leur faire comprendre.

Je voyais là l’opportunité de soutenir les deux charges qui font la grandeur de mon ego :

D’abord, l’acquisition rapide d’une victoire judiciaire qu’il me reviendrait d’exposer triomphalement sur LinkedIn.

Ensuite, le service par opportunisme d’une cause dont je m’improviserai le défenseur : ce serait cette fois-ci celle de la jeunesse populaire de Marseille.

15 h. La parole est à la Défense, le loup se débusque. Saisie d’une fierté sauvage, d’un désir excessif, cédant à l’insurrection de mon amour-propre, je m’élance. Alors bondis-je de phrases pompeuses en formules tapageuses.

Sous les lustres éclatants du tribunal, je me donne en spectacle plus que je ne défends.

Je bois ce que je croyais être l’attention de tous, tandis que je m’enivrais, en fait, de leur stupéfaction.

Je poursuis en invoquant un humanisme de commande pour dire l’indignité de la condition de mon client.

Je suis offusqué !

Je vire et je tourne sur ce terrain judiciaire.

En frôlant un confrère, je manque que s’entrechoquant nos egos ne fassent jurisprudence.

Peu importe encore.

J’ignore les haussements d’épaules du ministère public, je ne saurais voir les yeux révulsés vers le ciel du président, je ne me vois que moi, moi et encore moi, en train de me produire à jamais dans vos esprits par cette plaidoirie mémorable.

Je revendique les droits de l’ego et je les impose partout.

15 h 40. Essoufflé par mon petit personnage, et alors que mon ego montgolfière redescend à basse altitude, je me rassoie, je dégrise, je me saisis de ma note de plaidoirie que je consulte, me remémorant les extraits les plus flamboyants de moi-même et…

Et là, horreur, horreur.

Je n’ai rien dit ! Je n’ai rien dit de l’identité du client !

Je n’ai rien dit des nullités que le confrère plus expérimenté m’avait soufflées. Pire ! Pire ! Je n’ai rien produit !

Je n’ai pas produit les salvatrices pièces de personnalité ! Je n’ai pas produit les pièces maîtresses !

Mais je me suis produit, moi.

À moins que cela ne puisse suffire…

17 h. C’est l’heure du délibéré.

Six mois fermes AVEC mandat de dépôt.

Giflé par la main rigolarde de l’échec imbécile, je m’interroge, si bien qu’à ce sujet qui ne manquait pas de profondeur je songeais à en ajouter encore : l’ego des avocats ne serait-il pas d’abord un loup pour leur client ?

Soudain, arraché à la profondeur de mes pensées, je croise le regard du condamné qui s’en va.

Avec la clarté d’un regard qui allait au fond de l’âme, je lis la trahison dans ses yeux.

J’avais enterré le sens sous les formules. Je l’avais trahi, lui, la robe puis le serment.

Jusqu’alors je croyais, sous le grand mot de Balzac, que la chute d’un grand homme est proportionnelle à la hauteur où il s’est glissé.

Pourtant, l’homme que je fus ce jour-là n’était pas grand, ce qui n’empêcherait pas mon ego de tomber sans que nul ne sache jusqu’à quel abysse il dévalerait.

À présent sans illusions, dans le moment découragé d’un métier souvent difficile, je comprenais que c’était d’un cœur assuré que j’avais rejoint la meute, mais ce ne serait que d’un cœur éprouvé que je pourrais m’y maintenir.

Je saisissais que serait le sort de tout avocat de revendiquer deux fois son ego, D’abord, jeune, nous dévorant,

Puis, accomplis, l’apprivoisant en compagnon de la hardiesse à remettre 100 fois sur le métier l’ouvrage.

Ainsi s’achève cette histoire, telle une fable du loup et de l’avocat,

Dont il revient à Maître Salmon, sur son pupitre perché, d’en livrer la morale. Peut-être serait-elle celle-ci :

Persuadé d’être meilleur que tous les autres, et pourtant toujours inférieur à soi-même.

Fort de sa conviction, mais fragile face à son destin.

Fier de ses réussites, et les redoutant tout autant. Car l’ego ne doit être qu’une altération passagère de l’esprit, un vertige nécessaire pour apprendre à tomber.

Et lorsque je me serai trouvé à la hauteur de la robe, que la victoire couronne mon œuvre par la pureté d’une idée :

Celle dont la fixité ferait notre empire,

Celle que n’existe ni talent inné ni destin tracé, seule l’humilité — exaltée par l’amertume de l’échec.

Ce jour-là, pour la première fois, je doutais. Enfin, je commencerai à défendre.

https://www.barreau-marseille.avocat.fr/fr/ordre/la-conference

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